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Jean-Claude Bélégou photographie et autobiographie VISAGES, LES OBJETS DU VOYAGE (1989/1990)

 

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Cerner un seul visage dans l'infinie variation de ses visages "photographier le visage de l'être" à fleur de peau, tel était l'enjeu de Visages. Deux visages au final, le sien, l'amante, et le mien, photographiés séparément, chaque durant quatre semaines tout au long de chaque jour, m'imposant cette discipline extrême, à laquelle il y aura peu de dérobades, de m'en tenir à ce seul visage, pour moi photographié à bout de bras, pour l'amante à même distance.

L'essentiel des prises de vues de la série Visages est réalisé lors de séjours de création en 1990  en Italie à l'Institut français de Naples, mais aussi à Dinard et au Havre. C'est le premier travail d'autoportrait qu'accompagne une seconde série prise dans les mêmes lieux quelques mois plus tard.

La série est publiée par Gilles Mora dans le n° 26 des Cahiers de la Photographie.

Visages avec l'aide de la Commission nationale de la photographie du Ministère de la Culture et la participation de la direction des Affaires culturelles de la Ville de paris, de l'ADACA d'Aurillac ; exposition présentée au Parvis à Tarbes ; au Centre Photographique d'Ile de France ; à l'Institut Français de Naples ; au Nordnorsk Kunstmuseum de Tromsø en Norvège ; à l'Institut Français de Stockholm en Suède ; au Musée des Beaux Arts du Havre, au festival Sélest'art, jeune photographie ;  à la Galerie P3 Art and Environment, Tokyo -

Le célèbre photographe japonais Araki le désigne avec cette série comme lauréat pour le prix New Cosmos Of Photography à Tokyo en 1994.

 

Le Parvis, Tarbes ;Centre Photographique D'ile De France, Pontault Combault ;Institut Français, Naples ; Nordnorsk Kunstmuseum, Tromso ;Institut Français, Stockholm ; Musée Des Beaux Arts, Le Havre ; Espace Prophot, Arles ; Espace De La Seita, Sélestat ; Galerie P3, Tokyo ; Galerie Municipale Du Château D'eau, Toulouse ;Iufm, Amiens ; Fotografisk Center, Copenhague.

Visages, les amants, objets du voyage, tirages argentiques 50 x 60 cm réalisés par l'artiste.

 

Visages

"Ce qui est douloureux dans la proximité, c'est la distance qui demeure" insiste le manifeste noir limite rappelant par là notre écart irréductible au monde, au réel, à l'autre, mais aussi pour chacun à lui-même. C'est à cet écart ontologique que se confronte la prise photographique, " affaire de surface, d'apparence, de donné à voir ".

Cette irréductibilité ne tient point à quelque question psychologique ou clinique ou même sociale, mais fondamentalement à notre inscription discontinue dans l'espace et le temps, à notre matérialité .

Car si, par l'amour ou la violence, un corps peut se répandre en un autre corps, le pénétrer, il ne peut coïncider avec lui, ni une conscience entrer en une autre conscience. Je ne peux ressentir la douleur, physique ou mentale de l'autre, ni sa joie, mais seulement en interpréter les signes et en imaginer une équivalence. La communication de conscience à conscience n'existe que par la distance qu'elle suppose, et passe nécessairement par un langage constitué, ( au sens restreint de la langue comme système de code ) ou visuel ou sensitif ( au sens plus large d'une sémiotique ). L'intériorité est du domaine de l'intime et du clos, de l'indicible, voilà qui répond à la réalité de ce que nous sommes, comme à celle du langage.

Le langage est gage de solitude.

L'autre est toujours ailleurs.

Notre solitude qualifie l'être, irrémédiablement, solitude tragique puisqu'en contradiction, en déchirement, avec notre désir d'osmose et de communion avec le monde, avec notre désir d'unité : solitude murée de la conscience d'un côté, désir insatiable de prendre de l'autre côté.

Nous n'avons place ni en dedans ni au dehors de nous même 

Cet écart qualifie le Portrait, que l'oeuvre cherche à le nier, l'effacer, le passer sous silence, ou bien qu'elle cherche à l'exacerber, le dire. Que l'écrivain par exemple adopte la convention de parler de ses personnages comme si tout pouvait se savoir d'eux, et tout s'énoncer ; ou bien qu'à l'inverse il nous rappelle que l'autre est avant tout un ailleurs, de façon irréductible, un inconnu. Que l'image dise l'espace entre le modèle et l'artiste, entre l'autre et le regard sur l'autre ou le nie.

C'est de ce déchirement que toute pensée courageuse et clairvoyante est vouée à parler. L'oeuvre d'art est une tentative de répondre à cette tragédie, le langage instable et ambigu, sibyllin d'une nécessité intérieure, en même temps qu'une de ces équivalences mentales.

Pourtant, si le personnage inventé par l'écrivain peut être connu de lui in extenso, parce qu'il n'existe que dans sa tête, est un fragment de sa conscience imaginante, il n'en est pas de même du modèle du tableau, de la peinture ou de la photographie qui lui est extérieur corporellement.

Certes l'écrivain peut avoir des modèles, de ces personnes de rencontre, ou ces intimes qui l'inspirent. Et le peintre ou le photographe un personnage idéal qui hante leur imaginaire et façonne autant la représentation que le modèle en chair et en os.

Interfèrent dans l'oeuvre le modèle réel (référentiel), et le modèle fictif (imaginaire). Le premier est externe à l'Artiste, le second lui appartient. Le premier est dans un rapport de discontinuité mentale, le second en coïncidence mentale.

D'une certaine façon on pourrait dire encore que le modèle réel est transcendant, et le modèle imaginaire immanent.

Entre l'écrivain et le plasticien c'est donc l'ordre, la prépondérance, et non la nature, des catégories qui va opérer.

L'écrivain met en scène un personnage immanent, le peintre peint son image mentale d'un personnage transcendant, et le photographe prend un personnage réel dont il rend l'image adéquate à son image mentale. Le modèle du photographe est un médium chargé d'incarner son imaginaire.

Ainsi se confirme que tout Portrait soit aussi symboliquement un Autoportrait.

Le propos de visages n'est pas le portrait, c'est à dire l'identification ou la mémoire, mais d'une approche phénoménologique le rapport entre les peaux, entre les surfaces, les matières des corps, leurs limites fluctuantes, leur fragilité. Le propos de visages est l'emprise du monde et de la conscience sur ces corps, l'inscription des peaux.

 

L'Amante est l'autre, autonome, qui se livre, s'échappe, reporte, prend plaisir, repousse, se donne, combat silencieusement de mille combats intérieurs ( l'image que je fais d'elle est-elle bien différente de l'image que je ferais d'une autre ? - se demande-t-elle ). L'Amante est celle qui s'offre à ce que je la dévisage, qui accepte de prendre le risque que je la défigure.

Je la photographie des jours durant, et tout le jour de tous les jours, à Naples, à Dinard, au Havre, à Sorrente... la mettant en lumière, modelant, guidant son corps, son visage,  avec la volonté d'en laisser venir ce qui se livrerait, d'en guetter la mobilité, les brusques affleurements, fasciné par cette "affaire de surface" et de lumière, cette peau que je creuse du regard, ces veinules sur lesquelles je fais le point infime, tellement auprès d'elle. Je nous vouais pour dire l'existence, elle nous vouait pour dire l'abîme de l'autre.

L'image de l'Amante est faite d'ombre et de flou autant que de lumière et de focalisation. Floue l'image nourrie de la proximité du désir et ombrée celle portée par la densité obscure, irrationnelle, de l'affect. L'amante est toujours elle et toujours autre qu'elle, changeante, mobile qui fuit, revient, consent, met son visage à nu, joue, pleure, refuse...

Mais aussi je me photographie. Je photographie mon visage dans un regard aveugle sur moi-même, l'appareil à bout de bras comme au jeu de la roulette russe, dans une solitude d'exil amoureux. Je cherche ce qu'est cette conscience confuse d'exister en soi-même. Je me photographie d'un dehors qui est limité à l'extension de mon corps, voulant désigner ce qu'était sentir ce lourd état d'être, reclus et inaccessible aux autres et à soi-même, d'un geste répétitif, obsessionnel, comme on ratiocine.

Je cherche qui je suis pour elle, objet saisi du dehors. Je cherche quelle image je photographie d'elle absente.

Je photographie cette clôture imprenable de la conscience en son " for intérieur ", cette conscience  enclose dans mon corps, en mes sens dans cette incapacité d'être un objet pour moi-même, de me saisir du dehors, et par rapport à quoi l'Autoportrait constitue toujours l'image étrange d'un autre, un regard aliéné.

Cette conscience elle même divisée en régions hétérogènes, discontinues ne se manifestant que par échappées : répétitions, rêves, transferts, oeuvres... me demeure close à moi-même qui ne puis m'appréhender que par bribes, et qu'avec les mots des autres. La conscience est un territoire embastillé.

 

Mais aussi, je nous photographiais dans notre irréductible abîme d'amants, dans un voeu d'éclat et d'indécence, d'éclaboussure au monde, télécommandant la prise dans l'étreinte volée, en un flux sensitif imager la fusion impossible des corps, l'osmose utopique des consciences. Mais toujours leur désir et leur poursuite à la recherche extatique de l'étourdissement d'un frôlement, du vertige d'une union. Fatalité malheureuse de l'utopie du dépassement de notre différence, de notre inscription discontinue dans l'espace et le temps.

 

Notre règle était qu'elle se livre et que je la prenne. Nous étions là enclos en nous-même pour les images. Ces images parleraient de ce furieux désir de proximité et de cet écart irréductible de la relation d'amour ; de ce que nous étions, l'un et l'autre, autre pour chacun. Elles émaneraient de notre volonté de faire oeuvre de notre intimité.

 

 

Jean-Claude Bélégou texte écrit pour Colloque "Le portrait", intervention audiovisuelle, Bibliothèques de Lyon, 1993.

 

 

Mise en Péril

"Quelque part dans leur manifeste, les trois membres du groupe Noir Limite (dont fait partie Jean-Claude Bélégou) s'emploient à définir leur projet, qui est l'exposition photographique du corps, de sa surface, et bien sûr des enjeux y afférent :

<< S'attacher à la surface des choses - la peau à fleur, dénudée, à vif... S'attacher à cette matière du corps, là où nous ne pensons plus au dedans de nous, limites du dehors et du dedans, de la peau et des entrailles, là où elle se met en péril.>>

Après les corps voilés, emmêlés, Bélégou se fixe, ici, sur des visages. Le sien d'abord, et celui d'une amante, laquelle, on le verra, est son exact faire-valoir photographique.

Car l'autoportrait, en photographie, figure bien l'égoïsme à l'état pur. Ce que la littérature cache, lorsque dans l'autobiographie, elle prétend prendre l'écrivain pour sujet, devient ici messe de sa propre célébration comme présence physique au monde. : <<Là où nous ne pensons plus au dedans de nous.>> La grande rupture de Bélégou, et des gens de Noir Limite, s'opère sans doute avec l'introspection. L'autoportrait photographique n'est même plus un alibi esthétique ou moral ; il ne reste au photographe (mais ce résidu devient l'essentiel), qu'une configuration de renseignements sur la surface : de son visage, de son corps, celle que, justement, avait éliminée la littérature.

Dans l'autoportrait photographique, <<je>> n'est jamais un autre, mais toujours soi-même sa gueule, <<là où elle se met en péril>>. Car, pour le photographe, il y a bien une gueule, la sienne, rendue par l'image photographique, et des visages (les portraits qu'on prend des autres). Le rapport à sa gueule n'est pas le même qu'on a au visage de l'autre. Il est plus agité et problématique : comment faire pour que sa gueule, traînée souvent comme une fatalité, devienne un visage? Gueule (Bélégou) / Visage (femme). Un oxymoron de plus dans la liste déjà longue, fournie par la série <<Visages>>, et de façon plus subtilement différente, par <<Les Amants>> , en voici d'autres, en vrac, comme autant de structures : blanc/noir, clair/obscur, lumière/ombre, flou/défini, relâché/tendu, soft/hard, photo/cinéma, femelle/mâle, modèle/acteur, actrice...

L'égoïsme des <<Visages>> est, ici, double : non seulement le portrait de Bélégou, mais encore son portrait réfracté par la femme (aimée dans ces deux séries, où l'on semble parler d'amour comme dans un roman-photo). Dans <<Visages>>, tout les sépare : vis-à-vis de la mise en page, le fait qu'il n'apparaissent jamais ensemble sur la même image. ou encore, tout les redouble : chaque portrait de l'un est un miroir de l'autre ; Bélégou tire à lui sa compagne, ne la définit - photographiquement - que par rapport à lui, par renvois d'éclairages, symétries de poses ou de modelés, arsenal résolument expressionniste visant, avant tout, à réunir ces visages plutôt qu'à les disjoindre, par l'élaboration d'une narration naissante que fournit la suite d'images.

Dans cette double série, règne le seul point de vue masculin. Chaque visage de Bélégou absorbe celui de sa compagne, le laisse ensuite repartir comme un écho relié au son d'origine. Mais l'alchimie partage ses effets : creux, méplats, allongement osseux de ce visage masculin à la Pitoëff, étrangement se féminisent dans <<Les Amants>>, finissent par se confondre dans la vision asexuée des corps.

Peut-être touche-t-on ici au pari photographique de Bélégou, aux raisons de cet égoïsme. Ainsi en exposant son corps et son visage, les rend-il acceptable à lui-même. Douloureusement complaisante la démarche de l'autoportrait lui devient soudain nécessaire, bien loin d'une tentation pictorialiste. A travers les flous, la profusion de ces montées de premiers plans, dans cet écrasement, ce creusement des surfaces épidermiques, dans ce renvoi narcissique de soi à soi, par-dessus l'autre et la scénarisation habile de l'histoire d'amour, dans cette mise en péril, le photographe se réconcilie avec sa gueule et se trouve un visage."

Gilles Mora, Mise en Péril, Les Cahiers de la Photographie n° 26.

<< Atteindre le visage.

Atteindre dans le visage l'âme le corps l'être en entier.

Que tout transpire dans le visage.

Ne pas chercher à tirer le portrait.

Atteindre le visage de l'être.

Le photographier régulièrement, toujours, plus en dedans, toujours plus près, dans son cadre

ou étant le cadre à lui seul.

Pouvoir s'y perdre.

Travail lent obstiné obsessionnel.

365 Jours.

Le visage de l'autre ou le mien.

Un seul visage varié à l'infini.

Renaître par le plus immédiat

le plus lointain le seul visage.>>

Jean-Claude Bélégou, Le Parvis, Tarbes, Février 1992.

 

 

" On ne sort jamais indemne de l'oeuvre de Jean-Claude Bélégou qui s'investit tout entier dans l'insoutenable précarité de l'être et du temps. Ce photographe tragique (<<Il y a un tragique quotidien>> disait Maeterlinck) propose un parcours douloureux mais chaleureux dans la texture même de l'intense, entre les lèvres mises à nu (blessure) du vivant. Photographier pour atteindre, telle est sa démarche. Un acte d'amour aussi bien. Et c'est ce qui nous le rend d'emblée si fragile et si fort à la fois.

Il nous a été donné d'écrire quelques mots sur Jean-Claude Bélégou à l'occasion de nos interventions sur le groupe NOIR LIMITE dans lequel on retrouve à ses côtés Florence Chevallier et Yves Trémorin.

C'est de la convergence de leurs travaux et préoccupations qu'est né en 1986 NOIR LIMITE (le noir de la matière photographique, cet attachement à la réalité de la photographie, le noir d'une certaine vision du monde, un retour à l'homme, la souffrance, la jouissance, le tragique, à la subjectivité, à une tradition esthétique, le retour au corps, au dedans, à l'extérieur. La simultanéité de la profondeur, de la surface de la peau et celle de la photographie. Une surface, une matière à vif, à nu, une surface qui dise ses entrailles).

Le travail de Jean-Claude Bélégou est surtout connu comme un travail sur le corps et l'existence : corps habité, transcendé, à la fois métaphysique (porteur d'une âme et d'une interrogation sur l'être) et matériel sensuel (porteur d'une corporéïté, d'un trouble) inscrit dans des espaces intimes ou confrontés aux matières.

On trouve le corps inscrit dans des espaces intimes (Empreintes 1980, Visions 1984), le corps confronté aux matières primitives (Les voiles, l'eau 1986, le Corps à corps 1987, La Terre 1989) le corps dissout dans l'image photographique (Trace 1980, Mouvements 1985).

Par intervalle régulier, <<à la fois, dit-il, comme nécessaire cassure et fruit de cassures, à la fois comme la recherche d'une austérité aveugle>>, Bélégou a aussi entrepris un travail sur des paysages industriels qui n'a cessé de le hanter et de jalonner l'oeuvre, ouvrant dans les corps la brèche de néants : les lieux ont toujours été des lieux déserts, absents.

En 1989 son oeuvre se resserre autour d'une <<interrogation sur l'existence dans ses modalités fondamentales : la solitude, l'autre aimée, l'espace quotidien, le temps comme durée de vie>>.

Comme l'écrit Angelo Schwarz (Fotopratica Giugno 1988) : << On peut saisir dans ses photographies quelques éléments porteurs de sa poétique : photographies porteuses d'une sensualité tragique et amoureuse, photographies où le désir de l'autre va toujours de pair avec le mystère de l'autre et dans lesquelles est entrevu le temps de la mort.>>

Voilà qui introduit l'exposition que Jean-Claude Bélégou présente à la Galerie Contrejour à Paris sous lek titre <<Les amants - les déshabillages>> et celle qu'il propose au Centre Photographique d'Ile de France.

Ces deux séries ont été réalisées simultanément : <<Même femme obsessionnellement photographiée, même homme s'auto-photographiant seul ou avec elle de l'été à l'hiver 90/91. Elle fut mon amante.>>.

Comme l'explique Jean-Claude Bélégou, les autoportraits en couple réunis dans <<les Amants>> ont été créés dans le flux des étreintes et des abandons, de l'insolence du secret dévoilé et la pudeur des âmes mises à nu, l'appareil photo télécommandé en rafales.

<<Images de l'intime, baroques, angéliques ou diaboliques, rires, élans, extases, sereines ou tendues, qui demeureront à la limite du représentable et de l'implication de l'artiste, à jamais inappropriables.

C'est de cette même limite de l'intime et de la représentation du <<nu>> que se situent les Déshabillages noirs et peau de la mise à nu, dit-il. L'existence au plus près, heureuse, cruelle, qui palpite de chair et d'âme, la vie et la mort, le noir et le blanc. Tragique toujours, nue, lyrique, émotive, proche, transcendante : la vie.

Ce que c'est d'exister. Soi, l'autre, tourbillon vital, grâce, la proximité, la distance, face à face avec la vie. L'amour dedans, le bonheur frôlé. Abîme et plénitude.

La série <<Visages>> note encore Bélégou, << s'ouvre à l'unique visage de l'amante, à son existence singulière avec la volonté possessive de le laisser venir, surgir, d'être à son écoute, à ses états d'être, et d'en saisir la mobilité, l'éternel retour, le perpétuel renouvellement afin d'en happer l'inépuisable essence, la constante mobilité dans les lieux, les lumières, les jours, les rires, les pleurs.

Images de proximité et d'écart à l'autre où l'atteindre dans la profondeur de sa peau, de sa chair, de ses veines, de sa respiration, photographiée des jours durant du matin au soir tel un effleurement interminable du regard...>> (Les cahiers de la Photographie n°26) Et puis ces auto visages travaillés à bout de bras

<<Visages, Les Amants, dit encore Bélégou, oeuvres voulues au corps à corps avec l'existence, avec l'humain, avec le mental et la chair, traversé de cette volonté d'atteindre au plus profond, au plus intérieur, à ce point originaire de confusion de l'animal et du divin, du subjectif et de l'objectif, de l'autre et de moi, à cette lisière de l'humain, au plus extrême ancrage de l'oeuvre dans l'existence, à l'ultime puissance d'incarnation que possède seule la photographie pour appréhender le monde phénoménal, le révéler.>>

(...)

Son prochain projet (Erres/Vers le Grand Nord) s'inscrit parfaitement dans la logique de son interrogation incessante sur le médium photographique et ses limites les moins certaines.

Du doute, avec son cycle consacré aux espaces, il est passé au stade la foi (cycle des éléments) pour gravir celle de la passion avec ses séries Visages, Les Amants, les Déshabillages, réunies sous le cycle de l'existence.

Et toujours pour répondre au même besoin : fouiller, approfondir, développer, inventer, donc photographier. Photographier, c'est-à-dire, pour Bélégou, rechercher les traces de soi, du vivant de soi. Extirper l'être du doute (le corps) et enfin se nommer pour être aux autres"

Pierre Bastin, Abîme et plénitude, la Wallonie, Bruxelles.

 

 

" Membre du groupe Noir Limite, Jean-Claude Bélégou a d'abord exploré les corps voilés, emmêlés, enterrés. Il y a deux ans il décide d'approcher son propre visage. Démarche violente, heurtée. Des ombres tatouent la figure, renvoient le regard au néant, phagocytent la moitié du portrait, bâillonnent la bouche. En cours de travail, Jean-Claude rencontre Jade, la bien-aimée. En voyage il l'emmène. En parallèle il photographie son visage à elle. Gitane, actrice, madone, mannequin, garçonne, : ses mythes à lui. Et voilà aujourd'hui le roman des amants, exposés en tête à tête."

Léa Zardlavie, Télérama n°2198 le 26/2/92.

 

 

"Avec <<Visages>>, une série d'autoportraits et de portraits de l'<<autre>> (Jade, la femme aimée), le photographe Jean-Claude Bélégou nous confie un incroyable et émouvant voyage à travers lui-même. Le cheminement n'est jamais complaisant, jamais égoïste. C'est une mise à nu totale et généreuse, écrite par son visage mis en péril face à celui, sublimé et impérieux, de la femme. Les lieux mêmes - Naples, Capri, Le Havre ou Dinard - sont révolutionnés et dévorés par ces visages. Tous les désirs, toutes les interrogations ou les vertiges s'inscrivent entre chairs et paysages, entre regards et pierres. le monde entier est dans ce face à face. (...)"

Marie-Ange Poyet, Face à face, Le Figaro.

 

 

"<<En aucun cas il ne s'agit d'un travail de portrait>> prévient l'auteur. Ainsi Jean-Claude Bélégou n'a pas voulu à travers tous ces visages photographiés depuis deux ans, rendre compte de personnalités, mais simplement jouer avec eux comme on joue avec des volumes, des matières, la lumière ; jouer des contrastes ou des rappels entre ces visages et les évocations de paysages dans lesquels ils se sont trouvés. Et à ce jeu Jean-Claude Bélégou s'est laissé prendre. Un ou deux visages, celui d'une femme, Jade, et le sien lui suffisaient pour montrer le nombre infini de facettes que chaque visage peut offrir."

Le Quotidien de Paris du 13/2/92.

 

 

Membre du groupe Noir Limite, Jean-Claude Bélégou, ici mis en scène, aborde la quintessence de l'acte photographique : le désir de s'exposer, à travers soi ou à travers l'autre. dans cette double série d'images : portraits serrés de visages, champs élargis quand ces visages deviennent des corps, une femme et un homme se répondent. La femme semble interroger davantage. Elle pourrait s'adresser à un autre avec ce regard inquiet, en quête de réponse de soi. C'est sobre, intense, comme une lecture de l'intérieur. Leurs âmes mises à nu, cet homme et cette femme véhiculent les craintes et les espoirs d'un quotidien éternellement mi-ombre mi-lumière.

Catherine Goffaux, Visages - Les amants, Photographie Magazine Mai 1992.

 

 

"Avant d'être la radiographie méticuleuse d'un face-à-face entre un homme (Jean-Claude Bélégou) et une femme (Jade) , Visages fut d'abord une suite d'autoportraits entamés au creux de l'été 89. Ce n'est qu'après coup, presque par accident, que Jade brisa le miroir à sens unique et s'installa à son tour devant l'objectif de Bélégou comme si, de fait, elle n'attendait que lui. En fut-il surpris? Il décida simplement qu'en plus de lui, il y aurait donc elle. Jade n'avait pas grand-chose à faire, seulement se laisser photographier. Pour Bélégou, la tâche devint double. D'abord venir à bout de lui avant d'en finir avec elle. ensuite mener à bon port cet étrange radeau d'un amour à facettes (lui + elle + elle et lui), en tenant compte de l'arrivée de cette passagère clandestine qui serait bientôt son <<amante>>.

A Naples et aux alentours, à Dinard et au Havre. Bélégou entreprit donc de se photographier <<A bout de bras comme au jeu de la roulette russe>> et en plein air, sans que les autres - d'éventuels spectateurs -  ne le gênent. <<Moi je ne voyage jamais et, même à Naples - en plus je ne parle pas italien - je me sentais en exil. Un exil mental. Les autres me semblaient être des touristes ou, du moins bénéficiaient d'un confort physique apparent que je ne possédais pas.>>. Il faut donc imaginer Bélégou errant dans Herculanum et Pompéi, dans des lieux minés par les cartes postales et ruinés par l'histoire et que lui-même va aussitôt masquer par un <<regard aveugle sur soi>>. A part une ou deux images, le décor a disparu (<<le paysage est sacrifié, il est passé sous silence>>), qu'importe alors les cendres puisque seul compte le rapt de la lumière sur son visage entêtant, <<le soleil au zénith, les yeux escamotés par l'ombre>>. Bélégou ne voit rien << hormis le reflet dans l'objectif et je ne développais rien avant que d'en avoir fini, m'astreignant à un délire imaginatif, une élucubration purement mentale, dans un dispositif fixe et contraignant>>. Bélégou ne montre rien, si ce n'est ce qu'il appelle <<une situation mentale. Cet état mental dans lequel on est à moment donné>>. Bélégou ne veut rien, qu'on ne lui parle pas de <<rapport d'identification>> alors qu'il n'est <<qu'un baromètre>> qui se photographiait <<par morale, par instinct de survie>>.

Il y aura ainsi des milliers d'autoportraits (5000 peut-être 10000 avant la sélection) aussi répétitifs que les panneaux d'une campagne électorale. Tous chargés de délivrer - en des heures et des lieux différents - non un slogan d'adhésion mais un <<questionnement sur l'existence>>. Anxieux, cadavérique, trouble, détaché, en forme, heureux.... On peut suivre au jour le jour la petite vie spontanée de cet homme de quarante ans en proie à la vendetta de l'ego. Doutes et satisfactions, sans qu'il soit possible de savoir de quel côté penche la balance, peut-être Jade le saurait-elle. Elle qu'il emprisonna <<par désir>> en Italie, sur le lac Léman, Via Crispi. Sans Jade, Visages ne serait que la courbe aride d'un électrocardiogramme. Avec Jade, Visages gagne de l'humanité, présence qui allège du délire monomaniaque et les propulse tous deux vers un duo courtois où le corps à corps peut enfin naître. Tout bêtement. Elle est belle et Bélégou ne s'en prive pas. Elle s'offre à lui comme s'ils étaient seuls ; à nous comme si demain n'existait plus. <<Je ne sais pas quelle image d'elle je préfère, dit Bélégou, peut-être ce portrait si simple, quand son visage est si transparent et que l'on voit l'esprit derrière le front.>>

Habiter la photographie, voilà ce que souhaite Jean-Claude Bélégou et, avec lui, Florence Chevallier et Yves Trémorin avec lesquels il créa en 1986 Noir Limite. <<En tant qu'artistes, notre responsabilité n'est pas de faire simplement des images, mais de faire vivre l'oeuvre>> Visages confirme aujourd'hui que Bélégou, le Bel-Ami de la photographie, a des choses à dire. Bel-Ami, le vrai héros de Guy de Maupassant  prenait hier <<,congé de son image(...)avec cérémonie, comme on salue les grands personnages>>, et lui, Bélégou, arrive-t-il à se quitter? <<J'ai commencé l'an dernier à photographier la maison où je vis et mon jardin. Une sorte de micro paysage où je me sens très loin du coeur de l'agitation quotidienne. Je voudrais que les lieux s'inscrivent davantage dans mon travail.>>

Dernier désir pour un photographe qui a commencé tôt (en Mai 68, mais montre seulement depuis dix ans) et qui ne semble pas mécontent de ses recherches. Lui qui n'avoue aimer aucun autre photographe <<à part Chevallier et Trémorin>>. Puis de se raviser et de lancer deux noms, mais de choix : <<Il y en a deux que je peux encore regarder Eugène Smith et Weegee. Ce sont des travaux où le contenu humain et formel est complètement abouti.>>"

Brigitte Ollier, La vendetta de l'ego, Libération  4/3/92.

 

 

" En 1986 surgissait sur la scène photographique le groupe Noir Limite - Florence Chevallier, Yves Trémorin et Jean-Claude Bélégou - dont le manifeste fixait la démarche : <<La photographie est affaire de surface, d'apparence, de donné à voir. S'attacher à la surface des choses - la peau à fleur, dénudée, tendue, à vif. S'attacher à cette matière du corps....>>

Six ans plus tard, après quelques expositions en France, le bon accueil des institutions (Bibliothèque Nationale, Fond National d'art Contemporain, Ville du Havre) et une réputation sulfureuse liée à une recherche sur le corps, l'amour et la mort, le trio, basé au Havre, continue son chemin à la marge. Noir Limite revient avec une exposition de Jean-Claude Bélégou consacrée aux <<visages>>. Le sien et celui d'une femme, mais toujours pris séparément, accumulés et déclinés dans des formats verticaux dans le lieu élégant du Centre photographique d'Ile-de-France.

Deux visages? Plutôt une soixantaine, tant les attitudes et la lumière créent des standards distincts, qui vont de la douleur au bonheur. Mais suivant le manifeste Noir Limite Bélégou s'intéresse d'abord à la matière du corps : << En aucun cas il ne s'agit d'un travail de portrait, écrit le photographe, le visage étant matière et volume, lumière et peau, au même titre que le corps dans mes travaux antérieurs.>> Pour mieux cerner cette matière, Bélégou s'appuie sur les jeux de cadre : net, flou, utilisation du fond, ombres, couches de lumière, plans serrés, <<au contact>>. Aussi sur le regard, la bouche, le décor et le vêtement.

Le photographe opère un tel balayage des expressions humaines qu'il mène le spectateur sur une autre terrain, celui des références. Ici on pense aux lumières de Ralph Gibson, à l'atmosphère de Bruce Weber ; là à une starlette Harcourt ou à une banale photo de charme ; ailleurs à un film néoréaliste italien, à un voyage de Bernard Plosssu, aux autoportraits de Cindy Sherman.

<<Jamais il n'y a d'histoire mais seulement des images juxtaposées et isolées>> soutient Bélégou. Difficile pourtant de ne pas imaginer la relation de l'homme et la femme à travers les sentiments qu'ils expriment. On comprend ce qui a séduit Gilles Mora dans ce travail qu'il a publié aux Cahiers de la Photographie. Bélégou se place dans une autre tradition, plus formelle, plus plastique, mais la force émotionnelle du genre - le portrait - le ramène, malgré lui, sur un terrain narratif."

Michel Guerrin, La lumière et la Peau, le Monde du 19/2/92.

 

 

".... Est-ce pour cela que le photographe Jean-Claude Bélégou a choisi de s'en tenir à son périmètre intérieur? Là où il vit, dans un petit village de la côte normande, il ne transpire rien des tumultes du monde. Les seules affaires vraiment intéressantes sont les histoires d'amour, c'est le thème de Bélégou dans l'exposition <<Visages>>.

Sa démarche incubatrice est beaucoup moins facile qu'elle n'en a l'air puisqu'il s'agit de montrer ce qui se refuse à la présentation : l'expression de la passion dans la vie diurne, le tourment intime de deux êtres très pudiques, amants romantiques qui voyagent côte à côte, face à face, mais ne se touchent pas. On ne trouvera là aucune image sensationnelle, comme chez Lary Clark, mais une patiente recherche pour exprimer le rendu épidermique d'une liaison qui se déplace de la Normandie à l'Italie. Bélégou dit vouloir <<S'attacher à la surface des choses - la peau, à fleur, dénudée, tendue, vive, à vif... S'attacher à cette matière du corps, là où nous ne pensons plus au dedans de nous, limites du dehors et du dedans, de la peau et des entrailles, là où elle se met en péril.>> Le spectateur blasé pourra bien se demander quel péril une histoire d'amour peut bien nous faire courir aujourd'hui? S'exposer pourrait répondre Bélégou, c'est peut-être déjà une bonne raison d'être prudents. Car cette histoire-là n'est pas simple pour ceux qui la vivent, les tumultes, les ravages se devinent dans les yeux fiévreux de Jade, dans les traits tendus de Jean-Claude. A nous d'interpréter les signes.

Le dispositif consiste en de grands tirages, portraits sur dimensionnés, rapprochant sans les confondre, le visage de Jade et le visage de Bélégou lui-même. Interfaces intrigantes puisque leurs sentiments et pensées réels nous sont dissimulés, ces portraits s'imposent par une présence très forte, noir sur noir, ton sur ton. L'accrochage suggère qu'on circule pour embrasser le tout dans une continuité non dialoguée. Quelques indices créent une narration propre : une lettre, des enveloppes glissées sous une porte avec des timbres italiens, le train. Magnifique autoportrait dans le train. Il ne s'agit pas d'admirer la beauté du modèle, Bélégou n'est pas beau au sens classique du terme. Il s'agit d'une rencontre voulue par le cadrage entre une moitié de visage et un morceau de paysage. Un collage naturel qui attire l'attention sur la limite floue entre l'humain et son environnement, malgré l'incompatibilité des mouvements : déplacement dynamique de la machine, et immobilité du voyageur. Cette image forte exprime bien l'intensité de cette union qui frôle la rupture.

Jean-Claude Bélégou fait parler de lui depuis dix ans. Après avoir enseigné la philosophie, il a créé un groupe photographique qui s'appelle Noir Limite avec Florence Chevallier et Yves Trémorin. Une de leurs expositions <<Corps à corps>> a fait scandale. C'était en 1987. On retrouve le versant exhibitionniste de son inspiration dans la série <<Les Amants>> qui figure dans les cahiers de la Photographie."

Anne-Marie Morice, Représentations Limites, Révolution, n°627,  5/3/92.


 

"... Travail sur le corps et l'existence. Son oeil capte un éclairage, un regard, une ombre, soulignant un trait. Son objectif nous mitraille d'émotions. Visages. figures hiératiques de la gravité, bouleversante douleur de l'inquiétude ou ravissement du sourire qui subjugue : une éblouissante exposition...."

Jean-Jacques Keusch, Visages, La Vie Ouvrière n° 2478.

 

 

" Depuis les origines de la photo, le portrait a été sans conteste l'un des genres les plus pratiqués. De même pour le corps. Mais a-t-on jamais vraiment considéré le visage, objet du portrait, comme une composante du corps et, à ce titre susceptible d'une investigation comparable a celle qu'a connue ce dernier, dans le nu en particulier?

C'est justement à cette restitution du visage au corps que s'est attaché deux années durant, Jean-Claude Bélégou. Voué jusque-là comme membre du groupe Noir Limite à l'expression photographique du corps il présente aujourd'hui <<Visages>>.

Variations en noir, blanc et gris sur deux têtes - celle de Jade sa compagne et la sienne - la recherche plastique de Bélégou nous invite, nous force à partager l'intimité de ces deux objets-sujets, changeante au gré de la lumière, du décor environnant : matière, paysage, objets familiers.

Travaillant méplats, angles, fossettes, grain de la peau, jouant du flou avec audace, révélant en tout cela par un admirable savoir-faire de tireur, Bélégou renoue avec le geste créateur du sculpteur dégageant la beauté de la pierre brute.

Recherche obsédée et obsédante sur l'idée du renouvellement, de la mobilité, cette démarche doit sa force peu commune à ce qu'elle ne s'avère jamais ni impudique, ni complaisante, ni surtout monotone. Bien au contraire, de cette somme de regards de lui sur elle, de lui sur lui, filtre une émotion constamment enrichie, une douce sérénité qui emporte l'adhésion devant un vrai projet et son bel accomplissement."

Michel Ehrsam, Le tête-à-tête de Jean-Claude Bélégou, La Croix, 25/2/92.

 

 

"(....)Jean-Claude Bélégou scrute visages et corps pour y chercher des correspondances. Ils ne livrent rien. On ne croit certes plus aujourd'hui à ce que peut révéler l'observation d'un visage, on ne juge plus sur la physionomie. On cultive au contraire l'écart entre l'intime et l'extérieur. Il n'existe plus, hormis pour une vision romantique attardée, aucune croyance en une quelconque authenticité de l'expression. (....)"

Alain Laframboise, Imaginaires, La Recherche Photographique n°13.


 

" (...) Et quand Jean-Claude Bélégou déclare <<s'attacher à la surface des choses - la peau, à fleur, dénudée, tendue, vive, à vif. S'attacher à cette matière du corps, là où nous ne pensons plus au-dedans de nous, limites du dehors et du dedans, de la peau et des entrailles, là où elle se met en péril>>, lui aussi refuse de <<rendre compte d'une personnalité anecdotique, psychologique ou sociale>>. En rester au pur monde phénoménal car en vérité, on serait bien en peine de déterminer quels sont les sentiments des sujets. En évitant le double écueil de l'esthétisation vide des visages-surfaces et de la profondeur des visages-passions, notre modernité photographique tente ainsi d'explorer une troisième voie, qui serait celle d'une suspensive neutralisation."

Alain Buisine, La recherche Photographique n°14, Le temps des visages.